
« JE RÉCLAME LE DROIT A EVOLUER »
« Je réclame le droit à évoluer ». Il ne s’agit seulement chez Camus d’une demande mais c’est ce qu’on observe en lisant toute son oeuvre. Il avait réagit lorsqu’on l’avait classé dans la formule « écrivain de l’absurde ». Sans nier avoir vécu ce sentiment avec sa génération, il tient pourtant à affirmer qu’il avait commencé par « l’admiration ». En fait, dès le commencement, grâce à son attitude d’attention au réel, et à sa capacité d’appréhension par les cinq sens, c’est tout son être qui est frappé par la beauté et la douleur ; aussi de tout son cœur répond-il son oui et son non, son « consentement » et son « refus ». À ces contrastes s’ajoutent, avec le temps, d’autres expériences dont il tient compte pour y réfléchir et en témoigner avec la volonté de « faire œuvre d’art ». Dans de différents genres (essai lyrique, essai philosophique, roman, récit, théâtre, exposé critique, sans oublier l’article de journal) se poursuit une recherche intellectuelle, enracinée dans la vie, qu’il n’a jamais considéré épuisée, prête à de nouvelles découvertes, et toujours aussi exigeante quant à la forme artistique. « S’appuyer d’abord sur les réalités les plus concrètes », « aller au cœur vivant des choses et des hommes », « ne rien éluder », même les injustices de l’histoire, voilà des méthodes qui vont de pair avec le désir de trouver des issues à ce qu’il considérait comme le pire: la tentation du nihilisme. «Au plus noir de notre nihilisme, j’ai cherché seulement des raisons de dépasser ce nihilisme ». C’est partant du fait de la « révolte » qu’il affirme sa certitude d’une « nature humaine », ce qui contredit l’existentialisme sartrien et les idéologies. En essayant d’équilibrer la lucidité et la sympathie, de « préserver la mesure sans oublier la part de joie et le bonheur », dans son effort de clarifier une réalité pleine d’interrogations y d’en racheter les valeurs, Camus a parcouru un long chemin en nous livrant ses découvertes. Étape de Sisyphe, étape de Prométhée, étape de Némésis…jusqu’où serait-il arrivé, lui, admirateur des Grecs, qui, comme eux concevait la vérité comme un dévoilement dont la tâche prend toute la vie ? Peu avant sa précoce disparition, il répétait qu’il n’avait cherché, au fil des ans, que « la vérité et les valeurs d’art qui la reflètent ». Il attendait une « renaissance ». C’est en artiste qu’il voulait rejoindre les hommes, les rappelant leur dignité commune et personnelle, justement par le moyen de l’art qui, de par soi-même est capable d’en témoigner et réunir donc dans la vérité et la beauté. Albert Camus vint à Buenos Aires en 1949, il y a 60 ans, pour faire une conférence où il était question de la liberté d’expression, mais sans pouvoir accomplir ce dessein, ne fit qu’une halte chez Victoria Ocampo. Cette fois, à 50 ans de sa mort, nous voulons le retenir chez nous davantage, l’accueillir en accueillant les représentants de la Société des Études Camusiennes et tous les chercheurs qui, en ce colloque en occasion de son hommage, étaleront les richesses de son œuvre, grâce à quoi peut-être son esprit viendra nous accompagner
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